arrow right

GP d’Israël 1970 : une tentative qui tourne court

Alors qu’aujourd’hui la compétition automobile s’est internationalisée avec des événements pouvant se dérouler aux quatre coins du globe, ce n’était pas le cas dans les années 60/70.Alors qu’aujourd’hui la compétition automobile s’est internationalisée avec des événements pouvant se dérouler aux quatre coins du globe, ce n’était pas le cas dans les années 60/70. Seules quelques nations, ayant un fort lien avec l’histoire de l’automobile, organisaient les grandes épreuves figurant aux calendriers des différents championnats. On retrouvait bien quelques courses en Afrique ou Amérique du Sud, mais elles étaient les exceptions qui confirment la règle. Pourtant il y eut une tentative qui ne passa pas inaperçue : le GP d’Israël. Malheureusement ce ne fut pas pour de bonnes raisons qu’elle fit parler d’elle. Retour sur un GP qui tourna au fiasco.

Un projet ambitieux.

Fin des années 60, le jeune état israélien, qui sort de plusieurs années de conflit avec son voisin égyptien, désire s’ouvrir vers l’extérieur et cherche à entrer en relation avec des investisseurs étrangers. Deux hommes d’affaires allemands Messieurs Trepel et Diemer saisissent cette opportunité et souhaitent mettre en avant le pays en y organisant une compétition automobile.
Un partenariat est noué entre l’Automobile Club Israélien et les deux hommes avec pour objectif l’organisation d’une manifestation susceptible d’attirer quelques équipes et pilotes de renom.
C’est la Formule 2 qui est choisie. Afin d’avoir un maximum de pilotes, il est décidé que l’épreuve se déroulera au mois de novembre, le championnat d’Europe étant terminé.
Pour compléter l’affiche, une course de voitures de tourisme sera réservée aux amateurs locaux et deux manches de la formule Super V du championnat allemand feront office de levée de rideau à la course principale.
Reste à trouver un lieu pouvant accueillir cette nouvelle compétition. C’est la ville d’Ashkelon située au sud-ouest du pays qui est choisie. Tracé en bord de mer, le circuit se fera autour de la ville, une partie longeant la côte. Long de 4,3km, il est assez rapide et ne présente pas de grosses difficultés de pilotage.
Confiant dans la suite des événements, les organisateurs annoncent que ce GP est la première pièce de l’édifice et qu’ils souhaitent, pour les 25 ans de l’Etat d’Israël en 1973, voir un GP de Formule 1 se dérouler dans le pays.

Et plus dure sera la chute.

Bruno Frey devant Peter Westbury aux essais

Si tout le monde a parfaitement conscience que le chemin risque d’être long, l’optimisme est de mise. Il sera de courte durée car les ennuis vont commencer dès le choix de la date.C’est le samedi 21 novembre qui est choisi. Ce jour étant non travaillé, les organisateurs espèrent ainsi attirer un maximum de spectateurs. Mais c’est sans compter certains orthodoxes locaux qui vont tout faire pour perturber l’évènement, cherchant même à le faire annuler. En effet, le samedi c’est shabbat dans la religion juive et il n’est pas du goût de certains de voir la population assister à une course automobile alors que ce jour doit être réservé au repos ou à la prière.Après moult discussions et négociations, la course est reportée au dimanche, les essais étant maintenus le vendredi matin comme prévu.Si le plateau des Super V est bien fourni, celui des F2 est bien pauvre. Pourtant, pour inciter les pilotes et écuries à faire le déplacement, tous les frais sont pris en charge, les voitures étant acheminées sur place par bateau. Mais seulement 11 monoplaces se retrouvent pour les qualifications. Regazzoni, qui vient de remporter le titre est absent. Derek Bell, son dauphin au championnat, est là sur sa Brabham BT30 tout comme Vittorio Brambilla et Peter Westbury autres animateurs habituels du plateau F2. Quelques pilotes, à la notoriété moins établie, complètent la future grille. Patrick Depailler, qui arrivera en F2 l’année suivante, Patrick Dal Bo, Xavier Perrot ou Ernesto Brambilla sont parmi ceux-là.Après avoir nettoyé la piste, des clous et bouts de verre ayant été dispersés sur le circuit la veille par des manifestants, la séance de qualification du vendredi peut débuter.C’est Ernesto Brambilla et sa Brabham n°7 qui réalise le meilleur temps devant Depailler et Bell. Mais les conditions dans lesquelles les essais se sont déroulés provoquent un choc pour les pilotes et les organisateurs.

Brambilla et Patrick Dal Bo aux essais. Les trottoirs ne sont pas loin, tout comme les pneus

Le circuit est étroit, des trottoirs bordent une piste qui ne possède quasiment aucun espace de dégagement en cas de problème. Situé en bord de mer, le sable est présent sur une bonne partie du tracé ce qui rend la conduite encore plus compliquée.
Mais le pire vient de l’attitude des spectateurs présents. Pas habitués à ce type de manifestation, ils traversent la piste devant les monoplaces, se positionnent à quelques mètres du tracé, voir même, roulent à vélo sur ce dernier en même temps que les monoplaces, sans compter les animaux en liberté qui courent avec les voitures.

Tour de chauffe des Formule V

La course Super V a bien lieu le dimanche. C’est un véritable miracle si aucun accident ne se produit tout au long des 15 tours. Les spectateurs encore plus nombreux que prévu se massent aux endroits clefs du tracé en faisant totalement abstraction de toute notion de sécurité. S’en est trop pour la compagnie d’assurance qui couvre l’événement. Elle se retire en laissant les organisateurs devant leur responsabilité.Les F2 effectuent bien quelques tours au ralenti, mais courir dans de telles conditions serait suicidaire et la course est annulée.

Les Formules V en action. Les spectateurs aussi !

Épilogue

Tous les observateurs de l’époque considérèrent que ce fut un miracle de terminer ce
week-end sans incident majeure. Il fut convenu par tous que l’organisation avait été défaillante et que les quelques policiers présents n’étaient pas assez nombreux et formés pour contenir une foule aussi importante et indisciplinée. Les conséquences de l’annulation de la course phare furent lourde pour le jeune Etat hébreux. Compte tenu du chaos constaté, aucune autre épreuve de ce niveau ne fut envisagée en Israël dans les années qui suivirent.
Les initiateurs de l’événement furent même poursuivis en justice. On leur demanda de rembourser les billets vendus, la course principale ayant été annulée. Pire encore, les partenaires allemands ne reçurent jamais les sommes promises, un intermédiaire s’étant volatilisé avec la caisse. Une bien triste fin pour un événement qui aurait pu servir de tremplin à l’essor du sport automobile dans l’état d’Israël.

Crédit photos : GPO, Motorsport.

quote

Articles

arrow right