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Preston Tucker : l’homme qui s’attaqua aux « Big Three »

De la vente de voitures à la fabrication

Preston Tucker est né en 1903 dans le Michigan. Orphelin de père très tôt, c’est dans la banlieue de Detroit qu’il grandit, élevé par sa mère enseignante. Rapidement, il s’intéresse à l’automobile. Marié très jeune, il prend, avec son épouse, la location d’une station service. Il ajoute à son activité, la vente de Studebaker. Le bail terminé et après avoir exercé le métier de policier, il devient vendeur dans une concession. Après plusieurs déménagements, il va alors gravir tous les échelons de la profession avant de revenir sur Détroit pour s’occuper de la vente de Dodge. 

C’est au début des années 30 que Tucker va rencontrer un personnage qui va avoir une influence considérable sur la suite de sa carrière : Harry Miller.

Lors d’un séjour du côté d’Indianapolis, les deux hommes sympathisent et ne vont plus se quitter jusqu’à la mort de Miller en 1943. Ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il est le fabricant de moteurs de course qui a remporté le plus de victoires aux fameuses 500 miles d’Indianapolis. Lorsque sa société est mise en faillite, Tucker lui propose de s’associer pour construire une nouvelle monoplace. Les deux hommes ont l’ambition de convaincre Edsel Ford de fabriquer une auto de course et se lance dans la construction d’une dizaine de véhicules sur la base du moteur Ford V8. Malheureusement, ce n’est pas le succès escompté, le manque de moyens financiers ne permettant pas un développement suffisant pour fiabiliser la voiture.

       

       Miller Ford V8 par le duo Miller/Tucker

Le conflit venant d’éclater en Europe, Tucker propose à l’armée américaine un projet d’un véhicule militaire rapide ainsi que celui d’une tourelle multidirectionnelle. Si l’idée du blindé n’est pas retenue, le principe de la tourelle séduit, notamment pour équiper les navires.

C’est à la fin de la 2ème guerre mondiale, qu’il va alors se lancer dans l’aventure de sa vie: la construction d’une berline capable de révolutionner le monde de l’automobile.

La Tucker 48

Une voiture révolutionnaire. Publicité produite à partir des premier dessins

En 1946, il loue un site industriel servant à fabriquer des avions. Basé à Chicago, il est bien équipé et doit pouvoir accueillir une unité de production automobile. 

Reste maintenant à proposer une voiture répondant aux ambitions de Preston Tucker.

C’est à Georges Lawson, styliste ayant travaillé chez General Motors, qu’il s’adresse. Les 1er dessins qui lui sont présentés retiennent son attention. Cependant il lui apparaît qu’il faudra apporter quelques modifications si on veut envisager un lancement en production, tant le design proposé est innovant.

Pour cela, il fait appel au styliste d’origine grec, Alexander Sarantos Tremulis en lui demandant de garder au maximum l’aspect futuriste de la voiture tout en prenant en compte les contraintes liées à la production. C’est en un temps record que le travail est accompli. La voiture présentée et certes bien différente de celle annoncée dans les publicités chargées d’attirer les futurs acquéreurs, mais elle n’en demeure pas moins bien différente de tout ce qui existe.

Présentation du prototype de la Tucker en 1947 à Chicago.

 

Ce prototype de la Tucker 48 n’est pas encore très au point et souffre de multiple maux. Mais il renferme aussi plusieurs innovations voulues par l’initiateur.

La voiture mesure plus de 5 mètre de long et présente un aérodynamisme remarquable avec un cx de 0.30.

Le moteur est positionné à l’arrière, ce qui est nouveau sur une voiture américaine de ce gabarit. La face avant propose 3 phares dont un placé au centre. Celui-ci a la particularité de s’orienter en fonction du mouvement du volant. 

La calandre, intégrée au pare-choc, n’est la que pour l’esthètique puisque c’est un vaste coffre à bagage qui se trouve sous le capot.

Autres nouveautés: un pare-brise éjectable vers l’avant, des ceintures de sécurité, un habitacle indéformable et des banquettes avant et arrière interchangeables, permettant ainsi de contrôler leur usure dans le temps.

Le tableau de bord rembourré garanti aussi une sécurité renforcée pour les passagers. Si les suspensions indépendantes sont gardées, les freins à disques sont abandonnés.

Au niveau de la motorisation, Preston Tucker a du faire marche arrière. Alors qu’il prévoyait un moteur maison 6 cylindres, refroidi par air, il est contraint et forcé de se rabattre sur le 

6 cylindres refroidi par eau qui équipe habituellement les hélicoptères Franklin. L’injection, tout comme la distribution hydraulique sont remplacés par 2 carburateurs Stromberg double corps.

Les performances restent plus qu’honorables puisque le moteur de 5477cm3 développe 166cv ce qui permet de déplacer les 6 personnes à bord à près de 200km/h. Résultat satisfaisant pour une voiture de presque 2 tonnes.

L’intérieur est très sobre mais confortable avec ses larges banquettes et son tableau de bord minimaliste où l’on peut deviner une boite préselective à 4 vitesses.

Le coffre à bagages, occupé en partie par la roue de secours, offre quand même suffisamment de place pour envisager des voyages en famille.

 

Mais lors de cette présentation, la presse ne fait pas de cadeau à la jeune compagnie. Elle considère que la voiture est bien en deça de celle qui est présentée sur les prospectus initiaux et parle déjà de malversation.

L’auto est lancée en production, mais les ennuis commencent à s’amonceler sur Preston Tucker. Les fabricants d’acier refusent de lui fournir de la matière première pour ses carrosseries. Les concessionnaires, fortement impliqués dans le financement de la société, commencent à s’inquiéter, d’autant plus quand des rumeurs de fraude amènent à l’ouverture d’une enquête par la Commission Spéciale de la Bourse. Même s’il est acquitté après de longues semaines de procès, le mal est fait et Preston Tucker ne s’en remettra pas. 

Robert Bennington, son directeur, a entretemps stoppé la production même si 50 voitures ont été produites conformément au contrat stipulé entre les diverses parties prenantes.

L’arrière caractéristique avec son échappement à 6 sorties.

C’est en 1948 que l’usine est définitivement fermée. 51 voitures ont été construites, quelques unes ayant même été terminées pendant le procès, par une équipe d’ouvriers fidèles à Preston Tucker.

Ce dernier, profondément meurtri par toutes ces accusations se lance dans de nouveaux projets dont celui d’une nouvelle voiture au Brésil. Mais cela restera sans suite industrielle. Il décède en 1956 le lendemain de Noël.

Preston Tucker et la Tucker 48

Fut-il victime de ses ambitions ou simplement trop naïf ? Difficile de le dire et, encore aujourd’hui, les spécialistes ne sont pas tous d’accord. Une chose est certaine, les « Big Three » ne lui auront fait aucun cadeau. Sans doute inquiètes de voir un concurrent aux idées nouvelles venant les bousculer sur leur marché, elles auront mis toute leur énergie pour lui mettre des bâtons dans les roues. Tout le monde, ou à peu près, s’accorde à dire que si procès il y eut, c’est en grande partie sous la pression des trois marques leaders.

Preston Tucker reste l’homme qui aura rendu possible bon nombre d’innovations qui sont monnaie courante aujourd’hui sur la plupart des véhicules existant.

Francis Ford Coppola lui a rendu hommage à travers sont film « The man and his dream » où Jeff Bridges joue le rôle du bouillant homme d’affaire souvent considéré comme l’Elon Musk des années 50.

Jeff Bridges dans le rôle de Preston Tucker pour FF Coppola dans « The man and his dream »

Crédit Photos : Pinterest, ThrottleXtreme, Barret-Jackson, Agent Palmer

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