
Lorsqu’elle apparaît au Salon de Genève en 1985, la Ferrari 412 occupe une place à part dans la gamme de Maranello. À l’heure où la marque accentue la dimension spectaculaire de ses sportives, elle poursuit une idée plus ancienne du Grand Tourisme : un coupé 2+2 à moteur V12 avant, capable de maintenir un rythme élevé sur de longues distances sans sacrifier le confort.
Elle est surtout l’aboutissement d’une lignée commencée avec la 365 GT4 2+2 dévoilée en 1972, puis poursuivie par les 400 et 400i. Son dessin Pininfarina évolue peu en dix-sept ans, ce qui explique une silhouette immédiatement datable mais beaucoup plus subtile qu’une Ferrari sportive des années 1980. Sous son long capot, la 412 reçoit un V12 porté à 4 943 cm³, développant 340 ch, associé au choix à une boîte manuelle à cinq rapports ou à une automatique à trois rapports.
Avec seulement 576 exemplaires produits jusqu’en 1989, la Ferrari 412 est aujourd’hui rare. Mais sa faible diffusion n’est qu’une partie du sujet. Son intérêt tient aussi à son positionnement singulier, à sa filiation mécanique et à un marché où l’état d’un exemplaire peut compter davantage que son kilométrage. Pour bien acheter une 412, il faut donc comprendre son histoire, distinguer les deux transmissions, connaître ses évolutions et mesurer les coûts potentiels d’une remise à niveau.

La 412 conserve l’architecture fondamentale de la famille 365 GT4 2+2/400 : moteur longitudinal avant, propulsion, châssis tubulaire et quatre places. La cylindrée du V12 à 60° passe de 4 823 à 4 943 cm³ grâce à un alésage porté à 82 mm, pour une course de 78 mm. La désignation « 412 » renvoie à la cylindrée approximative de chaque cylindre.
Alimenté par une injection mécanique Bosch K-Jetronic, ce V12 développe 340 ch à 6 000 tr/min et 451 Nm à 4 200 tr/min. Son caractère correspond à la vocation de la voiture : davantage de souffle et de souplesse qu’une recherche obsessionnelle du haut régime. Ferrari annonce 250 km/h avec la boîte manuelle et 245 km/h avec l’automatique.
Les données essentielles à retenir sont les suivantes :
Ce dernier point est important : la 412 est la première Ferrari de route équipée de l’ABS en série. La transmission automatique est la General Motors Turbo-Hydramatic à trois rapports, déjà éprouvée sur d’autres modèles de prestige. Jugée lente selon les standards actuels, elle était cohérente avec la philosophie de la voiture. La boîte manuelle, plus impliquante, donne aujourd’hui à la 412 un caractère différent et pèse fortement dans sa valeur de collection.

La généalogie de la 412 commence avec la 365 GT4 2+2, dévoilée au Salon de Paris en 1972. Leonardo Fioravanti, chez Pininfarina, rompt alors avec les volumes arrondis des grandes Ferrari des années 1960. Il dessine un coupé trois volumes très bas, aux surfaces tendues, dont la retenue tranche avec la démonstration visuelle de nombreux modèles sportifs.
En 1976, la 400 GT reprend cette base avec un V12 porté à 4,8 litres. Surtout, Ferrari propose pour la première fois une transmission automatique sur une voiture de série. Ce choix confirme la vocation de cette branche de la gamme : voyager vite dans un véritable quatre places.
En 1979 arrive la 400i. Les six carburateurs Weber laissent place à l’injection Bosch K-Jetronic, notamment pour mieux répondre aux contraintes d’émissions et améliorer l’usage à froid. La puissance baisse dans un premier temps avant d’être partiellement récupérée sur les évolutions ultérieures.
La 412 présentée à Genève en 1985 constitue donc une évolution finale plutôt qu’un nouveau modèle au sens strict. C’est aussi ce qui la rend historiquement intéressante : elle reste fidèle à une conception née treize ans plus tôt alors que Ferrari commercialise simultanément la très spectaculaire Testarossa. Lorsque sa production cesse en 1989, Ferrari referme une séquence de dix-sept années construite autour de la même silhouette. Il faudra attendre 1992 et la 456 GT pour voir réapparaître un grand coupé V12 2+2 à moteur avant.

La gamme 412 est relativement simple. Il n’existe pas de succession de phases ou de séries limitées modifiant profondément la voiture. Le principal choix concerne la transmission : 270 exemplaires ont été produits avec la boîte mécanique à cinq rapports et 306 avec la boîte automatique, soit 576 voitures au total.
Cette répartition mérite d’être soulignée. Sur les 400 et 400i, l’automatique avait largement dominé les ventes. Sur la 412, l’écart devient beaucoup plus faible. Aujourd’hui, la hiérarchie s’est inversée en matière de désirabilité : les exemplaires manuels sont les plus recherchés, parce qu’ils associent le format 2+2 au geste mécanique attendu d’une Ferrari ancienne.
L’évolution par rapport à la 400i se lit également dans les détails. Pininfarina relève la ligne du coffre pour augmenter son volume, redessine le spoiler avant et les bas de caisse, adopte des pare-chocs assortis à la carrosserie et modifie les vitrages latéraux. De nouvelles jantes accompagnent l’arrivée de l’ABS. À bord, les sièges et la disposition de certains commutateurs sont revus.
Autre précision utile : le modèle est officiellement désigné Ferrari 412. L’appellation « 412i » est fréquemment employée, par analogie avec la 400i et parce que la voiture conserve l’injection Bosch, mais le badge arrière porte simplement « 412 ». Ferrari proposait des exemplaires à conduite à gauche ou à droite, sans version officiellement homologuée par l’usine pour le marché américain.

La 412 n’a pas construit sa réputation sur un palmarès sportif ou sur des performances hors norme. Sa singularité vient précisément d’ailleurs. Dans les années 1980, elle reste presque austère : long capot, pavillon fin, phares escamotables, quatre feux arrière ronds et surfaces rectilignes. Elle ne cherche pas à attirer tous les regards.
Cette discrétion a longtemps pesé sur sa cote. Les 2+2 Ferrari ont historiquement été moins recherchées que les berlinettes, et la présence d’une boîte automatique sur plus de la moitié des 412 a renforcé cette distance avec l’image traditionnelle de Maranello.
Elle offre une expérience rare : un V12 atmosphérique Ferrari placé à l’avant, quatre places réellement exploitables et une conception encore largement analogique. Elle appartient aussi à une lignée dont Ferrari n’a jamais abandonné l’idée. La 456 puis la 612 Scaglietti prolongeront, avec des technologies et des proportions différentes, cette vision du coupé V12 capable d’emmener quatre personnes loin et vite. La Ferrari FF poussera ensuite cette logique jusqu’à la transmission intégrale et au format shooting brake.
La 412 ne devient donc pas intéressante parce qu’elle imiterait une berlinette. Elle l’est parce qu’elle assume autre chose. Sa silhouette a vieilli avec cohérence, son caractère de fin de lignée et la relative rareté des beaux exemplaires attirant désormais des collectionneurs qui, il y a quinze ans, auraient regardé ailleurs.

Le marché de la Ferrari 412 reste étroit. Avec 576 voitures produites et un nombre limité de transactions, il suffit de quelques ventes pour donner une impression de hausse ou de baisse. Il faut donc éviter de déduire une cote ferme d’un seul résultat d’enchères.
À l’été 2026, les annonces européennes observées se situent grossièrement entre 70 000 et 110 000 €. Les exemplaires manuels proposés par des professionnels se concentrent plutôt autour de 100 000 €, tandis que les automatiques couvrent une plage plus large. Aux États-Unis, plusieurs 412 à cinq rapports se sont vendues en 2026 entre 110 000 et 145 000 dollars. Ces résultats confirment surtout la prime accordée aux belles voitures manuelles.
Cette différence n’est pas nouvelle. Les analyses de Hagerty attribuent une prime sensible, pouvant approcher 50 %, aux 412 manuelles par rapport à des automatiques comparables. La progression de la famille 400/412 traduit aussi un changement de perception : les grandes GT anguleuses des années 1970 et 1980 sont davantage considérées, tandis qu’un V12 Ferrari de cette génération reste accessible à des niveaux très inférieurs à ceux des berlinettes contemporaines.
Reste qu’une 412 ne s’achète pas au prix le plus bas. Entre deux voitures affichées avec 20 000 € d’écart, la plus chère peut être la meilleure affaire si elle dispose d’un historique continu et de travaux lourds déjà documentés.

Sur une Ferrari 412, l’historique d’entretien doit passer avant le kilométrage affiché. Ces voitures ont longtemps valu relativement peu au regard de leur coût de maintenance. Certaines ont donc connu des périodes d’immobilisation, des réparations différées ou des remises en état exécutées avec un budget insuffisant. Une faible distance parcourue n’est pas nécessairement une garantie.
Le V12 est solide lorsqu’il est correctement entretenu, mais une inspection spécialisée doit rechercher les fuites, contrôler le refroidissement, vérifier les démarrages à froid et s’assurer du bon réglage de la Bosch K-Jetronic.
La carrosserie et le châssis doivent également être inspectés avec soin. La corrosion est un sujet connu sur la famille 365 GT4/400/412, d’autant que la faible valeur passée de certaines voitures a favorisé des réparations économiques. Une peinture récente n’est donc pas automatiquement rassurante.
Plusieurs postes méritent une attention spécifique :
Sur une 412, une expertise préachat réalisée par un spécialiste du modèle sert surtout à estimer ce que la voiture demandera dans les années suivantes. C’est souvent là que se joue la différence entre une Ferrari encore raisonnable à entretenir et une restauration mécanique déguisée.
La Ferrari 412 illustre bien la différence entre acheter un modèle et sélectionner un exemplaire. Sa valeur dépend moins d’une configuration spectaculaire que de la cohérence de son état, de son historique, de son entretien et des travaux déjà réalisés. Pour une voiture dont certaines remises à niveau peuvent représenter une part importante du prix d’achat, cette lecture est essentielle.
Chez Mecanicus, l’intérêt d’une 412 se juge donc au-delà de sa présentation. Une peinture ancienne mais saine, un kilométrage cohérent et un dossier mécanique fourni peuvent être plus rassurants qu’un exemplaire fraîchement restauré sans traçabilité claire. La transmission, la qualité des interventions passées et le comportement routier doivent être examinés ensemble.
Cette approche correspond à la logique de sélection de Mecanicus : privilégier les automobiles dont l’histoire et l’état peuvent être compris, plutôt que de s’en tenir à un kilométrage ou à une couleur. C’est particulièrement pertinent pour la 412, désormais suffisamment recherchée pour attirer les beaux discours, mais encore assez complexe pour sanctionner les achats superficiels.
Pour l’amateur qui souhaite découvrir une autre facette du V12 Ferrari, la 412 possède ainsi une proposition difficile à reproduire : une ligne Pininfarina restée presque inchangée depuis 1972, quatre places, une mécanique de grande tradition et un marché encore sélectif. Bien choisie, elle n’est pas seulement une porte d’entrée vers les Ferrari V12 classiques. Elle est l’une des expressions les plus singulières du Grand Tourisme selon Maranello.

